Interview: Artcurial vend une Dino 206 P Berlinetta Spaciale By Pininfarina – "Mon chef-d'œuvre"

"La Dino, c'est mon chef-d'œuvre", dit Aldo Brovarone, 90 ans aujourd'hui, dans le petit appartement d'où il s'est rendu 35 ans durant à sa table à dessin chez Pininfarina. A pied ou à vélo.

Cette semaine, Artcurial met aux enchères à Paris le prototype de ce qui est l'une des plus belles Ferrari de l'Histoire. Artcurial estime que la vente pourrait rapporter jusqu'à 8 millions d'euros. Aldo Brovarone a à son palmarès de designer quelques splendeurs comme la Dino, mais aussi la Ferrari F40, la Ferrari Superfast et la Maserati A6CGS "Pininfarina". Et citons encore des choses plus humbles, comme la Peugeot 504 ou la Lancia Gamma Coupé. "A l'époque, ça fonctionnait comme ça: à peine avait-t-on mis la dernière main à un design qu'on pouvait déjà s'attaquer au suivant. Une fois Ferrari, une fois Peugeot… Et nous les designers n'avions ensuite plus aucune prise sur ce que les voitures allaient être au final. Dès que le dessin était approuvé, nous passions à la mission suivante."

Avions

Brovarone n'a jamais possédé une voiture qu'il avait lui-même dessinée. "Eh oui, gamin, elles étaient déjà bien trop chères, ces Ferrari. Et aujourd'hui, elles sont littéralement inaccessibles", dit-il avec une petite étincelle dans les yeux. L'homme n'a pas encore rangé ses crayons. Il dessine encore des croquis remarquables autour des voitures, du sport automobile et surtout des avions. Des scènes qu'il réalise à la peinture à l'eau et dont il fait cadeau à ses amis en guise de cartes postales. "En fait quand j'étais petit, je voulais travailler sur les avions. Mais ça a été les voitures, finalement."

Brovarone a fait partie de l'équipe de design de Pininfarina. "Nous étions trois à cinq hommes, et Pininfarina nous mettait en concurrence les uns contre les autres en demandant une proposition de chacun de nous pour toutes les missions. C'était une compétition, mais toujours dans une ambiance amicale. Pininfarina avait le don de toujours choisir le meilleur dessin à présenter au client." Le client pouvait un jour être Ferrari, et le lendemain être Peugeot.

Forme de flèche

C'est ainsi qu'en 1964, il fut demandé à Brovarone de se pencher sur ce qui allait devenir la Dino. "Mon chef-d'œuvre", dit-il encore plein de fierté, un insigne Dino épinglé à son revers. "Je voulais que mon design représente une forme claire mais douce de flèche", poursuit-il en nous montrant un croquis. L'une des lignes les plus remarquables – la courbe qui surplombe l'arche de roue avant – est née d'une fantaisie de Brovarone. "C'est une copie de la courbe de la partie arrière d'une Cisitalia que j'avais dessinée auparavant. Je trouvais cette ligne très belle et je me suis dit que je pourrais l'intégrer à l'envers sur la Dino."

Un nez différent

Brovarone a dessiné un prototype très avant-gardiste, dans lequel le moteur était encore longitudinal et où le conducteur occupait une position centrale. "Même le nez a finalement beaucoup changé sur le modèle de production. Bien qu'Enzo Ferrari ait beaucoup aimé le dessin originel, il voulait que la Dino n'ait aucun lien visuel avec les Ferrari existantes. C'est pourquoi (Batista, ndlr) Pinin Farina a modifié la position des blocs optiques. Au final, j'ai passé un mois sur la Dino."

La Dino fut la première Ferrari à moteur V6. Un modèle de base parmi les modèles V12, en somme. La voiture fut développée en 6 mois pour être prête à être présentée au Salon de Paris, sous le nom de Dino Berlinetta Speciale. Puis suivirent à partir de 1968 les Dino 206 GT et 246 GT. Des voitures longtemps méprisées, mais qui entrèrent finalement au Panthéon des Ferrari les plus légendaires. Avec une production totale d'un peu plus de 3.700 exemplaires, il faut aujourd'hui débourser plusieurs centaines de milliers d'euros pour s'en offrir une.

Enchères

Le prototype, qui fut un moment erronément attribué à Fioravanti, ne dispose pas d'une vraie mécanique. Il repose sur le châssis tubulaire d'une Dino 206S de course, mais ne fut qu'une Showcar à partir de laquelle on développa la "vraie" voiture. Pininfarina en fit don en 1967 au musée de l'ACO du Mans qui, après la mort de Batista Pinin Farina, baptisa à son nom la place située devant le musée. Et c'est pour financer ce dernier que la voiture est aujourd'hui mise en vente. Artcurial la mettra aux enchères durant la vente Rétromobile de Paris, ce vendredi 10 février. Et il y a fort à parier que l'estimation à 8 millions d'euros sera dépassée.

Prêt pour la prochaine étape

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